Les budgets d’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Cette section présente et commente l’attribution des budgets annuels des commissions Bande dessinée et Littérature jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles?, nouvellement appelé les instances d’avis.

Abdil milite pour une augmentation très significative de l’enveloppe de l’aide culturelle pour la Bande dessinée et l’illustration (+/-500.000 €). Pour avoir un point de comparaison, la discipline des arts de la scène qui touche le plus faible budget dans son secteur reçoit environ 3 millions €, soit six fois plus que nos deux disciplines réunies !

Comprendre les chiffres

Le Service général des Lettres et du Livre de la FWB publiait jusqu’en 2019 un bilan commenté sous forme de rapport d’activité pour les commissions bande dessinée et littérature jeunesse. Ces documents donnaient un aperçu complet de l’attribution des dépenses publiques.

Les rapports qui listaient précisément à qui a été attribué l’argent étaient souvent peu connus ou lus. Et même en les analysants il n’était pas forcément évident d’avoir une vue d’ensemble des budgets alloués aux différents soutiens (création, édition, événements, etc.).

La réforme

La situation ne s’est pas améliorée à partir de 2020. En effet, suite à la réforme des instances d’avis, les données ne sont plus diffusées que sous forme de tableaux généraux reprenant toutes les aides au secteur du livre et synthétisant les aides par acteur (total de l’année).

Nous tentons donc ici de re-présenter ces chiffres le plus lisiblement possible, accompagnés de graphiques et de nos commentaires éventuels.

Budget Bande dessinée 2019

Le budget du Service général des Lettres et du Livre pour l’aide et le soutien au secteur de la bande dessinée était officiellement de 193 000 € en 2019. Ce budget est stable depuis 2017, il était les années antérieures autour de 140 000 €.

En faisant l’exercice de mise à plat des chiffres et en faisant la somme de toutes les bourses et aides recensées, nous sommes pourtant arrivés à un total supérieur de 55 300 €, soit en tout 248 300 €... Nous reviendrons sur ce point plus bas dans l’analyse.

L’aide en image

Analyse

Pour rappel, les principales aides allant à la création sont en bleu sur le graphique. Elles sont au nombre de 4 :

  1. Bourse découverte (12)
  2. Aide au projet (7)
  3. Aide à la création (2)
  4. Année sabbatique (1)

Si l’on inclut les prix, la part d’aide destinée aux auteurices et donc à directement dédié à la création est d’environ 45%. L’accent est surtout mis sur les "bourses découvertes" qui concernent les premiers projets, mais aussi sur les "aides au projet". Au vu du manque de moyens mis à disposition de ce secteur, il semble logique que la commission distribue un maximum de soutiens sous ces deux formes. L’une et l’autre étant fixées à une somme similaire et assez basse de seulement 3.500 €. Cette politique permet sans doute de faire profiter à un maximum de monde d’un soutien (et d’en faire politiquement la publicité), mais elle s’apparente à du saupoudrage dont les résultats concrets nous semblent discutables.

Le bilan affiche un "taux d’acceptation" global des dossiers de 67%, en précisant que 55 dossiers ont été déposés et que 35 ont été sélectionnés. Pour les auteurices, il est de 61% (36 déposés, 22 retenus).

Si à première vue le taux d’acceptation semble correct avec deux tiers d’acceptés, il faut néanmoins nuancer.

Nous avons régulièrement des retours de la part d’auteurices qui n’essaient pas (ou plus) de demander ces aides, car ils ou elles ne se pensent pas éligibles. L’idée circule en effet depuis de nombreuses années que les bourses sont majoritairement allouées à de la BD dites "indépendante" et beaucoup plus rarement à quelqu’un qui aurait un contrat chez un éditeur plus "mainstream". Et cela même si l’avance perçue est parfois dérisoire, surtout pour des premiers projets ! On peut donc imaginer que les besoins de soutien sont bien plus importants qu’il n’y paraît, mais que la perception publique de l’aide et les faibles montants proposés dissuades un grand nombre de candidats de postuler.

Des aides trop standardisées

En effet, s’il peut sembler normal d’attribuer cette somme pour un premier travail, il n’en va pas de même pour l’aide au projet qui se destine à des pros.

L’aide au projet doit permettre "de faire face à divers frais (recherche, matériel…)" (sic). Mais dans les faits, vu la précarisation des auteurices et le temps nécessaire à la réalisation d’un projet, et si l’on prend en compte l’orientation artistique affichée de la commission (expérimentation, bande dessinée de création), cette bourse est souvent consacrée uniquement au temps très long de la création. Elle est donc insuffisante.

Abdil demande donc à la commission de revoir ces paliers. Nous souhaitons que l’aide au projet destinée aux professionnel.le.s soit relevée à 6 000 € afin de constituer un ensemble de seuils lisibles et cohérents, et de permettre de fournir une aide qui soit plus que symbolique à ce niveau de carrière.

Budget flottant

Comme expliqué plus haut, la somme allouée aux aides ne correspond pas à la somme annoncée officiellement (193.000 €). L’administration nous a expliqué la raison de cette différence.

D’abord les délibérations de fin d’année débordent régulièrement sur le budget de l’année suivante. Ce qui empiète sur le budget suivant, mais cela devrait s’annuler d’une année sur l’autre.

Ensuite, il peut y avoir des soldes de bourses octroyées sur d’autres années (les auteurices ne touchent pas l’intégralité de certaines bourses, souvent 80% puis le solde après preuve d’avancement). Ce qui devrait grever le budget.

Enfin, il y a parfois des apports financiers complémentaires de la part d’autres secteurs des Langues et des Lettres (ex., après propositions et échanges, cession bienveillante de marges disponibles au profit des littératures graphiques), des bonus donc.

À première vue il est heureux de se retrouver avec plus d’argent que prévu (mais est-ce réellement le cas ?). Cette gestion décalée du budget ne permet pas une perception claire de l’effet de l’aide publique. On ne comprend pas très bien quelle somme est disponible chaque année. Il en résulte de plus un manque de perspective financière qui a sans doute pour effet de compliquer le travail de la commission.

Cette situation ne devrait plus se reproduire à partir de 2021, la réforme des instances d’avis étant passée par là. Ce grand chantier de remise à plat des aides octroyée à la culture devrait, nous assure-t-on, annualiser plus strictement les dépenses. Affaire à suivre.

Un mot sur les autres aides

Par ordre d’importance, viennent ensuite l’aide aux maisons d’édition (23,7%) et les conventions à des structures (17,7%), qui sont annuelles sur base de contrats de 3 ans habituellement. En 2019 deux structures se partagent ce budget : la 5e couche édition et L’Espace de littératures illustrées (ELI asbl, le Toner).

Si vous souhaitez connaître le détail des attributions de bourses vous pouvez aller lire le rapport d’activité.

Budget Littérature jeunesse 2019

Le budget du Service général des Lettres et du Livre pour l’aide au secteur de la littérature jeunesse était de 231 000 € en 2019.

En faisant l’exercice de mise à plat des chiffres et en faisant la somme de toutes les bourses et aides recensées, nous sommes pourtant arrivés à un total supérieur de 33 600 €, soit en tout 264 600 €... Nous reviendrons sur ce point plus bas dans l’analyse.

L’aide en image

Analyse

Pour rappel, les principales aides allant à la création sont en bleu sur le graphique. Elles sont au nombre de :

  1. Bourse découverte (8)
  2. Aide au projet (7)
  3. Aide à la création (4)

Cette commission n’octroie pas d’année sabbatique.

33% de l’aide va directement à des auteurices. Si l’on inclut les prix on monte à un peu plus de 37%. Comme en bande dessinée, une majorité de l’aide va à des petites bourses (3500€), même si ici on remarquera l’octroi de 4 bourses à des auteurices affirmé.e.s. à 9000€.

Une grande partie de l’aide est attribuée à des conventions (113 500€, soit 43%). La plus importante allant à Le Wolf pour 75 000€.

La partie nommée subvention ponctuelle (en rouge) est un peu un fourre-tout qui regroupe dans les faits des aides aux événements et festivals, mais aussi des aides à l’édition (catégorie inexistante dans le bilan), comme un soutien cette année là aux éditions Pastel de 15.000€.

Finalement on constate que l’aide à l’édition semble donc peu développée, l’aide à la littérature jeunesse se concentrant d’abord sur les structures, puis sur l’aide aux auteurices qui elle sert plus généreusement qu’en bd avec des aides à 9000 € plus nombreuses, et enfin l’aide aux événements.

Budget flottant

Comme expliqué plus haut la somme allouée aux aides ne correspond pas à la somme annoncée officiellement (231.000 €). L’administration nous a expliqué la raison de cette différence.

D’abord les délibérations de fin d’année débordent régulièrement sur le budget de l’année suivante. Ce qui empiète sur le budget suivant, mais cela devrait s’annuler d’une année sur l’autre.

Ensuite, il peut y avoir des soldes de bourses octroyées sur d’autres années. Ce qui devrait grever le budget.

Enfin, il y a parfois des apports financiers complémentaires de la part d’autres secteurs des Langues et des Lettres (ex., après propositions et échanges, cession bienveillante de marges disponibles au profit des littératures graphiques), des bonus donc.

À première vue il est heureux de se retrouver avec plus d’argent que prévu (mais est-ce réellement le cas ?). Mais finalement on ne comprend pas très bien quelle somme est disponible par année. Il en résulte un manque de perspective financière qui a sans doute pour effet de compliquer le travail de la commission.

Cette situation ne devrait plus se reproduire dès 2021, la réforme des instances d’avis étant passée par là. Ce grand chantier de remise à plat des aides octroyée à la culture devrait, nous assure-t-on, annualiser plus strictement les dépenses. Affaire à suivre donc.

Budget livre en FWB : une avancée historique

Quelle formidable avancée pour le secteur des langues, lettres et livre ! L’augmentation historique du budget des aides ponctuelles ouvre enfin de nouvelles perspectives pour les professionnel·les : auteurices, éditeurices et libraires voient leurs efforts et leurs revendications portés depuis des années récompensés. C’est un véritable souffle d’espoir pour une filière souvent mise de côté, mais essentielle à notre culture et à notre société. Revenons sur les points clés et les actions déterminantes qui ont rendu cette victoire possible !

Budget 2025 : un investissement sans précédent

Pour la première fois depuis des décennies, le budget des aides ponctuelles a été ajusté en tenant compte de l’inflation et des besoins urgents des professionnel·les. Grâce à cet effort budgétaire inédit, le financement global du secteur s’élève désormais à 6,23 millions d’euros en 2025, soit une augmentation de 39 % par rapport à l’année précédente. Plus spécifiquement, une enveloppe de 2,8 millions d’euros est prévue pour les aides ponctuelles, doublant ainsi les 1,4 millions inscrits dans le dernier budget de 2024. Ces fonds seront alloués selon les règles fixées par le nouveau décret adopté le 4 avril 2024 relatif au subventionnement des secteurs professionnels des langues, des lettres et du livre. Leur distribution sera précisée par un arrêté du gouvernement.

L’impact de cette mesure est d’autant plus significatif que, pour la première fois, les bourses destinées aux auteurices pourront être revalorisées selon les recommandations de la Chambre de Concertation des Écritures et du Livre (CCEL). L’augmentation des aides pluriannuelles (+10,3 %) et surtout des aides ponctuelles (+106 %) traduit une volonté claire de répondre aux revendications portées par les acteurices du livre, qui dénonçaient depuis trop longtemps le sous-financement chronique de ce secteur.

Rôle clé d’ABDIL

Dans ce contexte, il est important de souligner le rôle fondamental joué par ABDIL. Depuis sa création en 2016, la fédération a été un moteur des revendications en faveur d’un refinancement ambitieux du secteur des lettres et livre. Reconnue en 2020 en tant que fédération professionnelle, ABDIL siège depuis lors à la CCEL, où elle s’attache à défendre les droits des auteurices et des autres professionnel·les. La fédération a activement participé à la rédaction d’avis et d’amendements sur les projets de décrets et d’arrêtés, notamment en mettant en lumière les besoins criants des créateurices. Par exemple, elle a identifié les priorités dès le début, notamment le doublement des montants des bourses (de création, de résidence, d’encouragement et de projet), ainsi que la simplification des justificatifs pour ces aides.

Ces derniers mois, les actions structurantes menées par ABDIL ont été particulièrement marquantes. Parmi celles-ci, la campagne sur le 0,4 % a dénoncé l’absence d’indexation ou de revalorisation du budget alloué aux lettres et livre, une situation qui équivalait à une baisse effective des moyens alloués en raison de l’inflation. Cette campagne a souligné que le secteur ne recevait que 0,4 % des budgets alloués à la culture, un chiffre dérisoire au regard des missions essentielles qu’il assume et des défis qu’il rencontre. De plus, ABDIL a imposé que la création et les auteurices soient parmi les mesures prioritaires du nouveau décret relatif au subventionnement des secteurs professionnels des Langues, des Lettres et du Livre. Pour info, ce décret, une fois approuvé, permettra à notre secteur de s’assurer un financement minimum, indépendant des autres enveloppes budgétaires. Enfin, ABDIL a introduit de nombreux amendements au nouveau décret visant à améliorer la reconnaissance et la rémunération des auteurices. Nous avons travaillé pendant des semaines sur l’avis concernant l’arrêté lié au décret en collaboration avec la Scam? et le soutien d’autres fédérations professionnelles. Publié en mars 2024, cet avis a mis en lumière l’insuffisance des moyens budgétaires prévus par le décret et demandait :
• le doublement des montants des différentes bourses (encouragement, projet, création, résidence) ;
• une plus grande flexibilité dans les critères de durée pour les bourses de création, avec la suppression de l’obligation de justification en semaines de travail, remplacée par la présentation de l’état d’avancement ou de la publication liée à la bourse ;
• la revalorisation des avances sur droits pour les aides à l’édition, incluant une rémunération équitable des auteurices avec prise en compte des cotisations sociales.
Bien qu’appuyer le doublement des bourses comportait le risque de réduire le nombre de bénéficiaires si le budget global n’était pas augmenté, ABDIL a maintenu cette position. Ce levier était essentiel pour obtenir un refinancement ambitieux et durable, nécessaire au développement du secteur. Et on a bien fait !

Mobilisation collective

ABDIL a également su mobiliser d’autres fédérations professionnelles, qui ont rejoint plus récemment cette lutte pour l’augmentation des moyens destinés au secteur. La Scam, par exemple, a fortement plaidé pour une augmentation des aides en 2023, contribuant à élargir la mobilisation. Cependant, il est clair que sans l’impulsion initiale d’ABDIL et son travail de fond depuis 2016, ces avancées n’auraient pas été possibles. C’est en partie grâce à la pression collective exercée par ABDIL et ses partenaires que les revendications des professionnel·les ont trouvé un écho auprès des décideur·euses public·ques.

Prochaines étapes

Dans un souci de vision à long terme, ABDIL continue de défendre un refinancement global qui soit à la hauteur des enjeux sociaux, économiques et technologiques auxquels font face les acteurices du livre. Nous insistons également sur la nécessité d’adapter les dispositifs d’aide aux spécificités des différents métiers de la filière, tout en simplifiant les procédures administratives souvent trop lourdes pour les professionnel·les. En parallèle, ABDIL alerte sur l’absence de soutien structurel aux éditeurices indépendant·es et aux opérateurices culturel·les, dont beaucoup survivent uniquement grâce à l’énergie de bénévoles. Ces structures essentielles au dynamisme du secteur devraient bénéficier d’un financement équitable, à l’instar des subventions accordées à d’autres branches culturelles.

En conclusion, cette augmentation budgétaire marque une avancée significative, bien qu’elle s’inscrive dans un contexte de départ très modeste : une hausse de 39 %, certes, mais sur une base initiale limitée. Il s’agit d’une première étape et d’un signal positif de la Fédération Wallonie-Bruxelles?, mais le budget demeure insuffisant pour répondre pleinement aux attentes du secteur et aux besoins des auteurices. Notre revendication d’une augmentation annuelle de l’enveloppe devra se poursuivre, d’autant plus que ce budget reste l’un des plus faibles de la FWB, aux côtés des arts plastiques. Nous allons donc continuer de travailler pour enrayer la précarisation des acteurices du livre et bâtir une filière durable, diversifiée et ambitieuse. C’est une victoire partagée, mais le combat pour un secteur littéraire fort et valorisé ne fait que commencer.