Écosystème professionnel & aides à la création

Un texte d’introduction autour de la question de l’écosystème professionnel et des aides à la création en Belgique francophone

Les différents statuts professionnels

Comment fonctionnent les différents types de revenus qu’un·e auteurice peut percevoir en Belgique ? Une fois que le statut a été choisi, salarié.e ou indépendant.e, reste à comprendre et anticiper les règles fiscales qui vont déterminer non seulement le niveau de vie des auteurices mais aussi leur participation aux mécanismes de solidarité.

Pour bien commencer

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Une histoire de sous !

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La sécurité sociale

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L’attestation du travail des arts (A.T.A.)

Le truc à chopper !

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Et aussi

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Un vrai texte en test (Réforme du statut d’artiste)

La réforme qui s’annonce, aura sans doute des conséquences potentiellement désastreuses pour les auteurices de l’édition.

Les échos que nous avons reçus sur l’avant-projet de réforme de la parafiscalité des droits d’auteur nous inquiètent, car les propositions mettent de côté les auteurices du livre et les spécificités de notre secteur.

Les avances sur droit en ligne de mire

Le risque d’appliquer indifféremment, à toute avance versée sur droits, un ratio de 70% du montant qui devrait être considéré comme revenus professionnels et soumis à cotisations sociales ne tient pas compte :

  • des déséquilibres entre le niveau de couverture sociale des différents statuts ;
  • de la nature et du caractère international d’un contrat d’édition ;
  • du fait que les avances versées dans l’édition sont majoritairement très inférieures à la rémunération du temps de travail ;
  • du fait que ces avances ne sont soumises à aucune obligation barémique ou accord sectoriel ;
  • du fait que le gouvernement belge n’a aucun moyen d’influer sur des pratiques qui sont transnationales...

Pour les auteurices du livre, un secteur aussi faiblement financé et aussi dépendant de la volonté des exploitants d’œuvres, les conséquences seraient très lourdes.

Rappelons que le marché du livre francophone et ses éditeurs dépendent principalement de la France. Les éditeurs français et les groupes internationaux n’auraient ni intérêt, ni obligation, d’aménager leurs contrats et pratiques en fonction des changements législatifs belges.

Rappelons également que les auteurices du livre sont exclusivement rémunéré·es via des droits d’auteur. Il s’agit d’une pratique séculaire dans l’édition. Une atteinte unilatérale à cette pratique, en Belgique, ne ferait qu’isoler les auteurices de notre pays.

Rappelons enfin que très récemment, en France, le Syndicat National de l’Édition (SNE) a claqué la porte des négociations à propos d’une rémunération minimum des auteurices, affirmant la volonté de maintenir le système actuel [1].

Nous restons convaincus qu’il faut continuer à œuvrer pour l’évolution de certaines pratiques de rémunération dans l’édition, mais ce n’est certainement pas en acculant les auteurices que cela doit se faire !

ABDIL s’est clairement positionnée pour que la perception de droits d’auteur puisse être valorisée solidairement, sous forme de cotisations, dans le cadre des règles spécifiques du chômage pour les « travailleur·euse des arts », pour qu’un mécanisme « ad hoc » clarifie la situation des auteur·ices sous ce régime et leur permette légitimement de bénéficier d’une couverture sociale adaptée, pour que ce mécanisme leur permette de sortir de l’insécurité actuelle en veillant à ne pas fragiliser les auteurices sous statut d’indépendant·e, dont la couverture sociale est dérisoire, pour que le calcul des cotisations tienne compte de l’absence de participation des exploitants d’œuvres.

La proposition politique actuelle, tout à l’opposé de cette logique, entraînerait moins de sécurité et plus de bricolage !

Telle qu’est elle envisagée, la réforme précariserait encore davantage les auteurices, déjà largement paupérisé·es :

  • Elle fragiliserait celleux sous statut de « travailleur·euse des arts », les obligeant à renégocier individuellement leurs contrats avec les éditeurs, récalcitrants au principe, pour que 70 % des avances versées soient formulées comme rémunération d’honoraires. C’est en effet la condition sine qua non pour appliquer l’art. 1 bis et soumettre le ratio à cotisations sociales.
  • Elle asphyxierait celleux sous statut d’indépendant·es, majoritairement précaires, en leur imposant une surcotisation qui ne leur ouvrirait aucun droit complémentaire.
  • Elle stigmatiserait et appauvrirait les auteurices qui sont salarié·es par ailleurs et cotisent déjà largement, finançant leur activité créatrice au prix d’un investissement de travail énorme.

Une absence totale de prise en compte des avances perçues n’est pas, non plus, une solution, tant elle maintient les auteurices de l’édition hors de toute protection sociale.

Différencier les statuts

Nous demandons, donc, à ce que le principe soit différencié en fonction du statut du/de la travailleur·euse et de son niveau de couverture sociale.

Nous estimons que :

  • Une auteurice qui est en demande ou bénéficie de l’allocation de « travailleur·euse des arts », doit participer au régime solidaire et pouvoir se garantir un accès et un maintien du régime en versant des cotisations sociales sur un ratio des avances reçues, tel que proposé ;
  • Une auteurice sous statut d’indépendant·e à titre principal, cotise par ailleurs et bénéficie d’une protection sociale très faible. Les droits d’auteur qu’iel perçoit (sous forme d’avance ou autre) restent aléatoires et ne peuvent pas être requalifiés de revenus professionnels, tant qu’ils demeurent sous le seuil annuel fixé actuellement ;
  • Une auteurice salarié·e à titre principal dans une autre fonction cotise déjà pleinement au régime mutualiste de la sécurité sociale. Les droits d’auteur qu’iel perçoit (sous forme d’avance ou autre) ne peuvent pas être requalifiés de revenus professionnels, tant qu’ils demeurent sous le seuil annuel fixé actuellement.

Afin de permettre aux artiste-auteurices sous statut de « travaileur·euse des arts » de cotiser avec les avances qu’iels perçoivent, il doit être législativement clarifié que les avances perçues dans le cadre d’un contrat de cession (contrat d’édition, particulièrement) peuvent être converties en salaire via l’art. 1 bis.

Nous exprimons une position liée aux situations des auteurices que nous représentons, mais nous sommes également solidaires de l’ensemble des artistes-auteurices, des travailleur·euses des arts et des journalistes que cette réforme précariserait injustement.

Nous espérons que le gouvernement entendra les craintes, très légitimes, exprimées par l’ensemble de nos secteurs et adaptera ses propositions.

Changement pour les travailleur·euses

Les règles concernant l’attestation du travail des arts? entreront en vigueur lorsque la Commission du travail des arts sera mise en place (au plus tard le 1er janvier 2024).

Des règles particulières s’appliquent pendant la période de transition (entre le 1er octobre 2022 et, au plus tard, le 1er janvier 2024). Elles sont reprises en jaune dans le tableau ci-dessous.

Ce document est indicatif et vise à synthétiser les informations disponibles.
Attention, il n’est pas exhaustif et peut être soumis à modification suite à de nouvelles décisions administratives des organes compétents.

Règle de calcul pour l’accès aux allocations de chômage

Anciennes règles Réforme
Références de calcul pour l’ONSS? exprimées en nombre de jours.

La conversion du montant brut du salaire journalier en équivalent jours est exclusivement applicable aux contrats artistiques à la tâche (cachet, 1 bis).
Références de calcul pour l’ONSS exprimées en nombre de jours.

La conversion du montant brut du salaire journalier en équivalent jours est applicable à l’ensemble des contrats quel que soit leur nature et le secteur d’activité (artistique ou non, à la tâche ou à la durée).

Attention, règles particulières liées à la période de transition

La règle de conversion, appelée également règle du cachet, reste limitée aux contrats artistique à la tâche et « sous 1 bis » pour le bénéfice des allocations de travailleur·euse des arts jusqu’au 31 décembre 2023.
Brut journalier de référence au 01 décembre 2022 : 75,19 € (montant indexable).

Accès au régime en deux étapes

Anciennes règles Réforme
Étape 1 Étape 1
Ouvrir les droits aux allocations de chômage

Administration en charge :
ONEM

Réunir les conditions de cotisations du régime général du chômage, soit :

  • 36 ans : 312 jours cotisés dans les 21 mois
  • 36 à 49 ans : 468 jours cotisés dans les 33 mois
  • 50 ans + : 624 jours cotisés dans les 42 mois



Cotisations possibles dans tous les secteurs d’activité. Application de la règle de conversion pour les contrats artistiques à la tâche.

Obtenir l’attestation de travailleur·euse des arts.

Organe compétent :
Commission du travail des arts

1. Attestation du travail des arts "Plus"

A. Octroi automatique
Démontrer un revenu supérieur à 65.400 € bruts tiré d’activités principales exclusivement (y compris droits d’auteur, voisins ou de monstration) pendant la période de 5 ans précédant la demande.

B. Sur décision de la Commission du travail des arts
Avoir perçu les revenus suivants dans le cadre des activités principales (activités artistiques, artistiques-techniques ou artistiques de soutien).

13.546 € bruts / 5 ans précédant la demande
ou
5.418 € bruts / 2 ans précédant la demande.

Sont pris en compte 1/ les revenus professionnels (salaire ou revenus d’indépendant) 2/ les revenus provenant de droits d’auteur ou de droits voisins 3/ les prix accordés en rémunération d’ activités artistiques.

ET également
Descriptions et pièces justificatives de toutes les activités artistiques professionnelles durant les 5 ans qui précèdent la demande.

2. Attestation du travail des arts "Débutant·e"
Dérogation (valable une seule fois) pour les débutant·es titulaires d’un diplôme artistique de l’enseignement supérieur ou d’une formation équivalente :

Avoir perçu 300€ de revenus le cadre des activités principales (activités artistiques, artistiques-techniques ou artistiques de soutien) dans les 3 ans qui précèdent la demande.

ET également
Présenter un plan de carrière, financier ou commercial.

Validité de l’attestation : 3 ans

Attention, règles particulières liées à la période de transition, au plus tard jusqu’au 1er janvier 2024

Les bénéficiaires des règles spécifiques du chômage au 30 septembre 2022 (« statut »), bénéficient de l’octroi automatique de l’attestation du travail des arts "Plus".
Étape 2 Étape 2
Neutraliser la première période d’allocation.

Administration en charge : ONEM

156 jours de travail dont 104 artistiques ou techniques dans le secteur artistique, à prouver au terme de la première année de chômage.

Période de référence 18 mois = valorisation des salaires avec une rétroactivité de 6 mois à partir de la date d’ouverture des droits au chômage.

Application de la règle de conversion pour les contrats artistiques à la tâche.

Neutralisation du montant des allocations de chômage : 12 mois.

Pour les technicien·nes, règle de conversion uniquement pour les contrats de courte durée (< 3 mois)
Ouvrir le droit aux allocations du travail des arts.

Administration en charge : ONEM

Prouver l’équivalent de 156 jours de travail cotisé sur une période de 24 mois quel que soit le secteur d’activité, soit 11.729,64 € en appliquant la règle de conversion (156 X 75,19 €).

Application de la règle de conversion à tous types de contrat.

Pas de dégressivité du montant des allocations du travail des arts pendant 36 mois.

Pas de différence entre les contrats de très courte durée et les autres

Attention, règles particulières liées à la période de transition

Jusqu’à la mise en place de la Commission du travail des arts, les travailleur·euses peuvent accéder aux allocations du travail des arts en démontrant 156 jours de travail en 24 mois - dont 104 jours artistiques ou techniques dans le secteur artistique - et bénéficient automatiquement d’une attestation "Plus" valable 5 ans

La règle de conversion (règle du cachet) reste limitée au contrat artistique à la tâche ou sous 1 bis pendant la période de transition.

Renouvellement

Anciennes règles Réforme
Renouvellement tous les 12 mois

Prouver 3 prestations artistiques ou techniques dans le secteur artistique, d’au moins un jour chacune sur une période de 12 mois.
Renouvellement tous les 36 mois

Prouver l’équivalent de 78 jours de travail sur une période de 3 ans (36 mois), soit 5.864,82 € par application de la règle de conversion (78 X 75,19 €) quels que soient la fonction ou le secteur d’activité.

Prise en considération de situations particulières :

  • Les travailleur·euses qui ont le statut depuis au moins 18 ans doivent prouver 39 jours sur une période de 36 mois
  • Les travailleur·euses qui ont eue un congé de maternité ou d’adoption doivent prouver 39 jours sur une période de 36 mois
  • Les périodes de renouvellement sont prolongées en cas de maladie, maternité, paternité.

Contrôle

Anciennes règles Réforme
Organismes de contrôle :
Actiris (Bruxelles), Forem (Wallonie), VDAB (Flandre)

Les travailleur·euses des arts sont soumis en continu à toutes les règles de contrôles applicables aux allocataires du chômage. La fréquence des contrôle dépend des organismes régionaux.

Les bénéficaires doivent, notamment :

Prouver 156 jours de travail dont 104 artistiques ou technique dans le secteur artistique tout les 18 mois, pour faire exception à la notion d’emploi convenable (ne pas être contraint de chercher ou d’accepter un emploi dans un autre secteur d’activité ou une formation en vue d’une reconversion).

Être disponible sur le marché de l’emploi et en recherche active d’emploi.
Organisme de contrôle :
Commission du travail des arts.

Les travailleur·euses des arts doivent renouveler l’attestation, tous les 5 ans.

A. Renouvellement automatique :

Démontrer un revenu supérieur à 65.400 € bruts sur 5 ans dans les activités principales.

B. Sur base de décision de la Commission :

Avoir perçu les revenus suivants dans le cadre des activités principales (activités artistiques, artistiques-techniques ou artistiques de soutien) :
4.515 € bruts / 5 ans précédant la demande
ou
2.709 € bruts / 2 ans précédant la demande.

ET également
Descriptions et pièces justificatives de toutes les activités artistiques professionnelles durant les 5 ans qui précèdent la demande.

Une attestation valide atteste de la recherche active d’emploi et remplace la règle de l’emploi convenable.

Montant des allocations

Anciennes règles Réforme
Allocation de chômage
Bénéfice pour tous les jours de la semaine, sauf les dimanches.

Montants au 01/10/ 2022
Cohabitant avec charge de famille :1537,90 € brut/mois
Isolé : 1246,18 € bruts/mois
Cohabitant : 1107,34 € bruts/mois

Montants minimums, peuvent différer en fonction du salaire cotisé au moment de l’ouverture des droits ou d’une réévaluation.
Allocation du travail des arts
Bénéfice pour tous les jours de la semaine, sauf les dimanches.

Le montant de l’allocation du travail des arts correspond à 60 % du dernier salaire perçu, mais les minima et maxima sont revus à la hausse.

Le montant journalier indexé de l’allocation ne peut pas être inférieur à 62,87 euros (soit 1635 € brut mensuel) pour les travailleurs chargés de famille et à 55,40 euros (soit 1440 € brut mensuel) pour les autres travailleurs. Il ne peut pas être supérieur à 66,14 euros (soit 1719 € brut mensuel) pour tou·tes les bénéficiaires.

Les montants sont indexables.

Perte du statut – Filet de sécurité – récupération du statut

Anciennes règles Réforme
1. Perte du statut

En cas de non-renouvellement : ⇒ dégressivité des allocations

2. Récupération du statut

Conditions normales d’accès : ⇒ réouverture des droits au chômage (312 jours en 21 mois, etc.) + 156 jours en 18 mois (dont 104 artistiques ou technique dans le secteur artistique)
1. Perte du statut

En cas de non-renouvellement : ⇒ allocations de chômage forfaitaires (3ème période)

2. Récupération du statut

78 jours en 12 mois (soit 5.637 € par application de la règle de conversion) quels que soient la fonction ou le secteur d’activité – rappel : la règle de conversion est limitée aux contrats artistique à la tâche et sous « 1 bis » pendant la période transitoire.

Jours non indemnisables

Anciennes règles Réforme
Tous les jours de travail sous contrat salarié, qui doivent être déclarés via une carte de contrôle.

Pas de règle de reconversion pour les contrats à la durée. Règle de reconversion pour les contrats à la tâche.

Salaire de référence : 93,79 € brut
Basé sur le Revenu Minimum Mensuel Moyen Général (RMMMG)

Calcul : Salaire journalier brut ÷ 93,79 € brut = période non indemnisable.

Lissage sur un trimestre
Tous les jours de travail sous contrat salarié, qui doivent être déclarés via une carte de contrôle.

Règle de reconversion pour différents types de contrats (CDD, à la tâche, à la durée).

Salaire de référence : 188 € brut / jour
Basé sur 2,5 X 75,19 € (référent journalier indexable de la règle de conversion).

Calcul : (YA – (C X Y)) : Y
YA : salaire brut des activités soumises à l’ONSS pour un trimestre
C : nombre de jours d’activités reprise sur les cartes de pointages pour le trimestre
Y : indice : 188 € brut

Le calcul est effectué par trimestre


Attention, règles particulières liées à la période de transition, au plus tard jusqu’au 1er janvier 2024


La règle des jours non indemnisables s’applique uniquement aux contrats artistiques à la tâche ou sous "1 bis ».

Salaire de référence : 112,80 € brut / jour
Basé sur 1,5 X 75,19 € (référent journalier indexable de la règle de conversion).

Règle de cumul avec des revenus non soumis à cotisation ONSS

Anciennes règles Réforme
Concerne : revenus d’indépendant, droits d’auteur, droits voisin, …

Cumul autorisé, avec les allocations de chômage, à concurrence de 4720,56 € net.

Calcul annuel.
Concerne : revenus d’indépendant, droits d’auteur, droits voisin, …

Cumul autorisé, avec les allocations de chômage, à concurrence de 10.017 € net (montant indexable).

Calcul lissé sur trois ans

Liens utiles

  • Nous t’invitons à prendre connaissance des fiches T29 et T30 de l’ONEM, précisant l’application administrative des nouveaux dispositifs du chômage.
  • Les informations concernant l’évolution des dispositifs liés à l’attestation et la mise en place de la Commission du travail des arts se trouvent sur le site de la Commission artistes et sur celui du WITA

Présentation des nouveaux articles de loi

Mise à jour : 24/04/23
Suite à nos échanges récents avec différents acteurs du secteur économique du livre, il nous est apparu qu’une circulaire de l’administration fiscale doit voir le jour et qu’elle pourrait clarifier et/ou modifier nos interprétations. Actuellement, la mise en application concrète de la loi n’est pas encore précisée et le secteur du livre tout entier y va de son interprétation. Nous ferons un point sans doute après l’été, lorsque l’administration aura clarifié sa mise en application de la loi.

Cet article reprend les points principaux et commente les nouveaux articles de loi concernant la réforme fiscale et parafiscale du droit d’auteur (décembre 2022). Les extraits cités sont tirés de l’exposé des motifs de la loi programme du 26 décembre 2022, articles 100 à 108.

Intention du gouvernement

Par le présent projet, le gouvernement entend revenir aux objectifs initiaux du régime particulier applicable aux revenus de la cession ou de l’octroi d’une licence de droits d’auteur ou de droits voisins, à savoir l’application d’un régime fiscal approprié aux revenus perçus de manière irrégulière et aléatoire dans l’exercice d’activités artistiques.

Explications

Les artistes resteront les seul·es à pouvoir déclarer du droit d’auteur dans un futur proche. Jusqu’ici, selon le gouvernement, de trop nombreux secteurs se sont permis de facturer du droit d’auteur, déguisant une rémunération pour le travail en un revenu très peu taxé, afin d’échapper le plus possible à l’impôt et aux cotisations sociales.

Conditions pour continuer de déclarer du droit d’auteur

Les contribuables dont les revenus tombent sous l’application du régime de taxation particulier, devront :

  • soit détenir une attestation du travail des arts? visée à l’article 6 de la loi portant création de la Commission du travail des arts et améliorant la protection sociale des travailleurs des arts, ou par des dispositions analogues ou ayant des effets équivalents prises par un autre État membre de l’Espace Économique Européen ;
  • soit, à défaut de cela, transférer ou donner en licence les droits concernant leur œuvre protégée par le droit d’auteur ou leur prestation protégée par un droit voisin à un tiers aux fins de communication au public, d’exécution ou de représentation publique, ou de reproduction.“

Explications

"Les contribuables dont les revenus tombent sous l’application du régime de taxation particulier"

Traduction : les auteurices qui veulent continuer de déclarer du droit d’auteur.

Le plus simple afin de pouvoir toucher des revenus en DA, sera de demander une attestation du travail des arts auprès de la Commission du travail des arts, dont les critères d’octroi devraient être accessibles pour de nombreux·ses professionnel·les des secteurs BD et Illu.

Car en cas de contrôle, il sera plus rapide de sortir son attestation que de présenter une cession de droits, pour chaque œuvre, (généralement un contrat d’édition dans notre secteur) qui prouvera que celle-ci est bien à destination du public.

En effet, l’attestation n’est pas obligatoire. Il faudra avant tout, comme auparavant, vous assurer que les sommes déclarées aux impôts en DA concernent bien une potentielle exploitation publique de votre œuvre, ce qui est fréquemment le cas d’un livre et plus largement, d’une œuvre graphique ou littéraire qui génère des droits.

Limites absolues pour déclarer du droit d’auteur

Il est rappelé que l’article 37, alinéa 2, CIR 92, prévoit le montant de base de 37.500 euros au-dessus duquel les revenus visés à l’article 17, § 1er, 5°, CIR 92 sont imposés comme des revenus professionnels.

(montant indexé de 64.070 euros pour l’exercice d’imposition 2023)

On peut continuer à bénéficier du faible taux d’imposition des DA jusqu’à un certain point. Tout ce qui dépassera de 64 070 € (originellement 37.500€ comme cité : le montant d’origine, indexé depuis les années et qui atteint plus de 64.000€ pour l’exercice d’imposition 2023) sera considéré comme du revenu professionnel et donc taxé comme tel (donc un taux d’imposition de minimum 25% au lieu de 15%).

C’était déjà le cas avant, mais les modifications arrivent au paragraphe suivant.

Limites relatives pour déclarer du droit d’auteur

En plus du plafond actuel de 37.500 euros, il est prévu d’instaurer un plafond relatif en vue de l’application de l’article 37, alinéa 2, CIR 92. Celui-ci détermine que le rapport entre les rémunérations totales pour les transferts et les licences de droits d’auteur et de droits voisins et les rémunérations totales, qui comprennent les prestations fournies, ne peut pas dépasser 30 p.c.

Il est en outre précisé que la limite relative de 30 p.c. ne s’applique que dans la mesure où le transfert ou la licence du droit d’auteur et des droits voisins s’accompagne de l’exécution d’une prestation. Cela signifie toutefois que la limite relative ne s’applique pas à la rémunération pour la cession ou l’octroi d’une licence des droits d’auteur et des droits voisins obtenue ultérieurement, indépendamment de la rémunération initiale qui contient aussi une rémunération pour le service rendu.

On est là dans la partie la plus controversée de cette réforme. Selon nous, il est assez explicite que les sommes versées avant la création d’un livre ne pourront désormais être constituées d’avances sur droits que pour 30%. 70% devront être de la rémunération du travail (revenus professionnels) et donc déclarés, par l’éditeur et l’auteurice, comme tels. Ceci aura des conséquences majeures sur l’économie du livre et les finances des auteurs.

Le montant de l’avance est perçu comme servant à couvrir le temps de réalisation du livre. Il est donc question de “prestation” dès l’instant où le livre est à faire, n’existe pas encore, et nécessite un travail de l’auteurice pour aboutir.

À l’heure actuelle, en BD et illustration, il est extrêmement rare qu’un·e auteurice propose un livre fini à un éditeur avant de toucher de l’argent. Et il est extrêmement rare aussi que les ventes d’un livre remboursent totalement les avances versées. On comprend bien que les sommes versées par l’éditeur ne sont pas entièrement liées à la rentabilité d’un projet de livre, mais aussi à la charge de travail que représente le livre. Et ce, quand bien même la rémunération moyenne en vigueur actuellement permet difficilement aux auteurs de vivre convenablement [2].

Les éditeurs seront peut-être moins enclins à interpréter les textes de loi comme nous, mais il nous semble dangereux pour eux de croire que rien n’a changé et que l’avance sur droit n’est que le prix payé pour l’exploitation des droits d’une œuvre, versés à un·e auteurice à titre purement compensatoire et en prévision des résultats d’exploitation.

En cas de contrôle fiscal, la note pourrait être salée, s’il est prouvé que la rémunération en avance sur droit cache une prestation. Encore plus, quand il est explicitement question dans les clauses du contrat d’une commande, d’un lien de subordination ou d’une validation de l’éditeur dans le processus de création.

Quels revenus de droits d’auteurs ne seront pas soumis à cette règle ?

Plus précisément, il s’agit de cas où une œuvre protégée par le droit d’auteur ou une prestation protégée par un droit voisin continue à générer des redevances de reproduction ou de communication au public après l’exécution effective en liaison avec la cession ou l’octroi d’une licence des droits en question qui, en tant que telles doivent être considérées comme une rémunération de droits d’auteur à 100 p.c. étant donné qu’aucune exécution sous-jacente n’y est attachée.

Les redevances de reproduction perçues au titre de la reproduction et/ou de la communication au public répétée, par l’intermédiaire d’un organisme de gestion visé à l’article I.16, § 1er, 4° à 6°, du Code de droit économique : société de gestion, organisme de gestion collective et entité de gestion indépendante, en sont un bon exemple.

Explications :

Les droits d’auteur perçus après remboursement de l’avance, les droits collectifs alloués par les organismes de gestion collective type SCAM?, SABAM, (SOFIA, ADAGP pour la France) sont à l’abri d’un recalcul.

Il ne sera donc possible de déclarer en droit d’auteur que 30% de son avance, mais par contre 100% des revenus issus de société de gestion de droit, ou d’autres sources, pourront être déclarés dans les revenus mobiliers, avec un taux favorable.

Afin de bénéficier de ce taux de 100%, ces revenus doivent impérativement avoir été perçus après la création de l’œuvre.

Limitation avec la Moyenne sur les Années Précédentes

Il est prévu de subordonner l’application de l’article 37, alinéa 2, CIR 92, à la condition que le revenu brut moyen annuel des droits d’auteur et des droits voisins, déterminés avant l’application des limitations prévues aux tirets qui précèdent, qui ont été perçus au cours des quatre périodes imposables qui précèdent la période imposable concernée, constitué par des revenus visés à l’article 17, § 1er, 5°, CIR 92, n’excède pas le montant de base de 37.500 euros.(64 070 montant indexé 2023)

Explications

Afin de vérifier si l’auteurice peut continuer de bénéficier du régime de taxation mobilier sur ses droits d’auteur, le fisc fera une moyenne des droit d’auteur perçus sur les 4 années précédant sa déclaration.

Si le montant de cette moyenne dépasse le plafond de 64.070 €, ses revenus pour l’exercice d’imposition en cours seront automatiquement et intégralement requalifiés en revenus professionnels.

Cette mesure vise, selon le gouvernement à rétablir une justice fiscale : à partir du moment où un·e auteurice a des revenus conséquents de manière régulière, ils ne peuvent plus être considérés comme sujet à l’aléatoire (en tout cas pendant 4 ans). Nous détaillerons les conséquences potentielles de cette mesure plus loin.

N.B. : Même si un montant a été requalifié en revenus professionnels suite au calcul de la moyenne, il sera pris en considération comme montant perçu en DA pour le calcul des moyennes des (quatre) années suivantes.

Autres dispositions

  • Les taux d’imposition restent les mêmes, ainsi que ceux des frais forfaitaires.
  • Le ratio entre DA et rémunération professionnelle se fera graduellement :
    • 50/50 pour les revenus de l’année 2023 ;
    • 60/40 pour 2024 ;
    • 70/30 en 2025.
  • La loi concerne les revenus perçus à partir de 2023, on fera encore la déclaration d’impôt en Juin 2023 pour les revenus de 2022 avec les anciennes règles. Les nouvelles règles seront d’application pour la déclaration de juin 2024. Pour les cas à cheval sur les deux années, comme par exemple, une avance perçue en 2023 pour un contrat signé en 2022, c’est en toute logique nous semble-t-il l’année de la perception de la somme qui devra être prise en compte et non l’année de signature du contrat.

En Résumé

En tant qu’auteurices, nous avons la garantie de pouvoir continuer de déclarer du droit d’auteur sous un régime fiscal favorable. Mais nous verrons probablement une majeure partie de nos revenus ventilés en revenu professionnel. De nombreux·ses auteurices de bande dessinée, d’illustrations et de livres jeunesse vivent principalement d’avances sur droit qui devront être requalifiés. La majorité des auteurices vont donc devoir faire face à des hausses d’impôt et de cotisations sociales, et cela de façon parfois très importantes.

Tout cela ne nous semble pas toujours justifié, voir dangereux pour le maintien de conditons de vie supportable des auteurices. C’est un grand bouleversement dans nos habitudes et probablement aussi dans celles de nos éditeurs. On a du mal à voir, à première vue, ce que les auteurices ont gagné avec cette réforme qui prétend améliorer nos conditions fiscales et juridiques ?

Pourtant, dans un prochain article, nous tenterons d’apporter quelques nuances afin de mieux mesurer la dureté effective de cette réforme, selon les statuts et les situation de chacun·es.